La nostalgie heureuse

 « Il n’y a pas de dégâts : le fiancé de mes vingt ans ne m’en veut pas, il est heureux, sa vie est réussie, les souvenirs sont bons. En conséquence de quoi il m’échoit une récompense inattendue, celle qu’espèrent les moines zen : je ressens le vide. En Occident, ce constat apparaît comme un échec. Ici, c’est une grâce et je le vis comme telle.

Ressentir le vide est à prendre au pied de la lettre, il n’y a pas à interpréter : il s’agit, à l’aide de ses cinq sens, de faire l’expérience de la vacuité. C’est extraordinaire. En Europe, cela donnerait la veuve, la ténébreuse, l’inconsolée ; au Japon, je suis simplement la non-fiancée, la non-lumineuse, celle qui n’a pas besoin d’être consolée. Il n’y a pas d’accomplissement supérieur à celui-ci. »

la nostalgie heureuseIl fut un temps où lire un roman fraîchement publié de mon écrivain belge préférée était un grand moment. Cette époque me semble de plus en plus compromise au vu des nombreuses déceptions causées par ses derniers romans.

Pourtant La Nostalgie heureuse commençait bien. Le titre déjà, soulevant tout un mystère, à l’instar des autres textes d’Amélie Nothomb.

La nostalgie, c’est l’idée d’un retour impossible, ce « mal du retour » étymologique , que ce soit vis à vis d’une époque ou  d’un pays.

Nostalgique de son pays d’enfance, Amélie Nothomb l’est assurément. Elle a laissé là bas une partie de sa petite enfance, des souvenirs de jeunes adultes, un ex fiancé, Rinri-san, et sa vieille nounou,  Nishio-san, qu’elle avait été contrainte de quitter à lâge de cinq ans, et qu’elle considère comme sa deuxième maman.

Tout commence lorsque France 5 accepte de consacrer une émission au Japon vu par l’écrivain. Amélie se voit donc « obligée » d’accepter ce retour aux sources, qui sera difficile, elle le sait.

Le lecteur la suit donc de son annonce à ses parents lors d’un dîner familial, à l’aéroport et enfin à Kyoto puis à Tokyo. Le voyage la conduira même à Fukushima…

L’impression que je garde de ma lecture est un peu étrange. D’un côté, on ne peut pas dire que j’aie été emballée par ce roman, que j’ai trouvé un peu creux. Je n’ai pas été non plus transportée par son style… Bien sûr on retrouve son goût pour les termes rares, disséminés au fil des pages, mais je n’ai pas été portée par ses mots.

 Ce que j’ai apprécié, malgré tout, c’est la comparaison  intéressante entre les cultures nippone et française notamment par rapport à la nostalgie. En occident, la nostalgie est pourvue de connotations négatives alors qu’au Japon, on peut l’associer de l’adjectif « heureuse » car elle fait référence à un passé lumineux. Quelques passages, dotés d’une force poétique certaine, prouvent, à mon sens, que l’ensemble du texte aurait pu davantage me plaire.

De ce court texte, émane un certain mal-être, des blessures à fleur de peau en tout cas. C’est aussi, ce qui permet de donner une dimension plus profonde à ce retour au pays natal et à ce retour sur soi.

« Si le temps mesure quelque chose, ce sont les blessures. »

Amélie Nothomb, La Nostalgie heureuse, éditions Albin Michel, Août 2013

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