3096 jours

« Ce sont les livres qui m’aidèrent le plus à lutter contre l’ennui et la folie.(…) Les romans me catapultaient dans un autre monde, ils me captivaient tellement que j’oubliais pour longtemps où je me trouvais. C’est pour cette raison que la lecture devint pour moi une question de survie. Alors qu’avec la télévision  et la radio, je parvenais à faire entrer dans mon cachot l’illusion de la société, les livres, eux me permettaient de m’en échapper par la pensée pendant des heures. »

J’avais été marquée  il y a quelques années par l’annonce de la libération de Natascha Kampusch, une jeune fille d’alors dix-huit ans, séquestrée dans une cave depuis ses dix ans. Je pensais être déçue par cette lecture, surtout au niveau de la forme qu’elle pourrait prendre mais j’ai été agréablement surprise par cette autobiographie terrible, assez bien traduite, relatant les faits de manière chronologique.

Natascha a dix ans lorsqu’elle réalise que sa vie doit changer : enfant non désirée, elle décrit son enfance comme une « succession imprévisible d’attention et de négligence ». 3096 jours (de captivité) commence donc comme une autobiographie traditionnelle brossant un portrait à la fois physique (Natascha s’approche de l’obésité, tentant de compenser ses manques affectifs par la nourriture) et moral (elle se décrit comme une fillette angoissée, n’ayant plus confiance en son entourage.).

Son existence bascule un matin, alors qu’elle est sur le chemin de l’école. Elle croise le regard d’un homme qui semble à la fois égaré et fragile. Quelques secondes plus tard, celui qui deviendra son bourreau, Wolfgang Priklopil l’enlève.

Enfermée dans une cave de 5 mètres carrés, subissant des privations sensorielles pouvant conduire à la folie (pas de lumière naturelle, peu de lumière artificielle…) sous une surveillance quasi permanente, Natascha voit d’abord en son bourreau, l’image d’un prétendu protecteur, jouant avec elle aux petits chevaux, lui donnant des cassettes de séries TV… Mais, plus les années passent, plus la violence devient présente : « Le ravisseur se durcit peu à peu. Il voulait désormais avoir sous son contrôle chaque geste, chaque mot, chaque fonction de mon corps. » Les coups pleuvent et Priklopil tente de réduire Natascha à l’esclavage. Les sévices sexuels sont passés sous silence car ils sont tout ce que la jeune femme a pu préserver des médias.

L’un des intérêts principaux de ce livre réside dans la refus du syndrome de Stockholm, réaction  psychique des victimes d’enlèvement se liant à leur bourreau, dans une relation affective. Natascha Kampusch explique que pour elle, l’attachement que l’on peut avoir vis à vis d’un ravisseur est une « stratégie de survie », la recréation d’un « cocon de normalité ». En dépit de toutes les tortures physiques et morales subies, la jeune femme refuse de considérer  Priklopil comme un monstre uniquement mais essaie de voir la part d’humanité qui se cachait (vraiment bien…) en lui. Pour elle, ce serait d’ailleurs une des raisons de sa survie. Pour cela, il faut savoir pardonner. L’auteur part aussi du principe que seul un enfant peut arriver à survivre à ces atrocités car pour lui, l’adulte est le référent, celui qui sait ce que l’on doit faire, même si c’est un monstre, partagé entre « un goût puissant pour le pouvoir et l’oppression et un besoin insatiable et pur d’amour et de reconnaissance ».

Finalement, on peut aussi lire ce récit à la manière des thrillers, même si le lecteur en connaît la fin, car il y a bien une part de suspens présente dans l’écriture. La composition du livre est donc assez simple. Mais, au début du récit, Natascha Kampusch revient longuement sur les affaires de pédophilie ayant éclaté l’été précédant son enlèvement, qui l’auraient bouleversée à l’époque, un peu comme un présage de ce qu’elle allait subir quelques semaines plus tard. Le travail de reconstruction du passé, l’envie de donner un sens, qui préside à toute autobiographie est donc probablement présent ici.

En dehors des traitements infligés à la jeune fille, on peut aussi être révolté par la manière dont la société perçoit les victimes, voulant à tout prix les enfermer dans cette catégorie, assez rassurante finalement. Mais le plus terrible peut-être est que certains témoignages (mettant en cause Priklopil à l’époque de l’enlèvement) aient été éludés par la police pour de sombres raisons électorales ….

Un récit bouleversant mais assez enrichissant ne serait-ce que pour les réflexions de l’auteur sur le syndrome de Stockholm.

3096 jours

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