Trompe l’amour

« L’idée (…) c’est de la location de personnes. Mais attention ! en tout bien tout honneur. Rien à voir avec de la prostitution, il a insisté, pas de rapport sexuel. Juste des sentiments, comme au théâtre. Du faux pour de vrai. Ou du vrai pour de faux. Comme on veut. Une prestation – encore un des mots qu’il a prononcés – au même titre qu’un tour de magie ou qu’un  numéro de clown. Rien de plus. »

Pleurer sur commande ? Certains en usent et en abusent tandis que les yeux de la jeune narratrice de Tromper l’amour, restent désespérément secs, à son plus grand désarroi, puisque cette comédienne se voit refuser un rôle pour la énième fois… Découragée, elle pense mettre un terme à sa courte carrière. Mais, un jour, elle découvre une petite annonce bien singulière : « Devenez l’être cher d’une personne solitaire. Qui que vous soyez, nous avons besoin de vous ». Elle décide donc de sauter sur l’occasion, et passe un étrange entretien d’embauche : jouer le rôle de la fiancé du patron ! Car en fait de théâtre, il s’agit d’improvisation et d’usurpation d’identité « consentie » : la narratrice doit prendre la place, pour quelques heures seulement, d’une personne chère au client : tour à tour, elle est une adolescente fugueuse revenue à la maison, la maîtresse d’un homme marié, la meilleure amie d’une jeune femme solitaire, l’alibi d’un homosexuel … Tout se passe bien jusqu’au moment où son patron, Cyril, un personnage énigmatique et quelque peu perturbé, lui demande de jouer à plusieurs reprises le rôle de sa fiancée enceinte. Peu à peu, la narratrice n’arrive plus à distinguer ce qui relève du rôle et de la fiction de la réalité et décide de rester dans la peau de ses personnages toujours un peu plus longtemps à la fin de chaque prestation parce qu’il est finalement confortable d’être autre que soi…

Ce roman, bien écrit et bien construit, très agréable à lire, entraîne le lecteur dans un monde de faux semblants, où l’illusion et la réalité ne cessent de s’entremêler…jusqu’au moment où il devient presque impossible de les distinguer !

Réflexion sur le théâtre et plus particulièrement sur le theatrum mundi, sur les masques que nous portons en société jusqu’à oublier notre propre singularité, ce court roman met également en scène l’incapacité à vivre (le personnage de Cyril est agoraphobe et ne rencontre plus que ses employés, chez lui.), notamment à vivre l’amour qui est présenté comme une illusion supplémentaire…

Billet rattaché au Challenge amoureux de L’Irrégulière, pour la catégorie « livre dont le titre contient le mot amour ou amoureux »

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