Mailles à l’envers ou « de l’inconvénient d’être née »…

 » J’aurais voulu me dissoudre. Disparaître. Qu’on ne me hurle plus dessus. Qu’on ne cherche plus à m’expliquer. Qu’on ne me prenne plus à témoin. Qu’on ne me traite plus comme une poupée. Et encore moins comme une adulte. Qu’on ne me raconte plus les détails sordides. Je ne voulais pas grandir. Je ne voulais pas devenir ça. Ca vivait de sexe, d’argent et de disputes qui claquaient dans la nuit comme des orages. Ca oubliait avec de l’alcool et puis des tas d’autres trucs. Ca faisait du sexe, encore et encore. Ca faisait des bébés par erreur. Des bébés qui encombraient, comme les bagages sur la banquette arrière. »

Plongée dans les souvenirs souvent douloureux de la narratrice, Mailles à l’envers est le récit d’une adolescence bien difficile. Les événements, les traumatismes qui s’enchaînent sont racontés sans ambages jusqu’à former la trame d’une destinée bien sombre…

Ce roman est assez étonnant tant au niveau du style de son auteur, Marlène Tissot, qu’au niveau du contenu même de l’histoire…

Le lecteur est d’abord frappé par la construction même du récit : les chapitres ne retracent pas la vie du personnage principal suivant un ordre linéaire mais les événements sont racontés suivant une logique psychologique, celle des souvenirs et probablement celle du traumatisme. Les numéros des chapitres indiquent en réalité l’âge de la narratrice au moment de l’histoire racontée. Il y a donc plusieurs parties qui sont classées sous le numéro 17. J’ai trouvé cette organisation assez astucieuse et intéressante, d’autant plus qu’elle invite le lecteur à relire le roman dans un ordre chronologique.

Mais venons-en au récit lui même : au fil des 150 pages, on assiste à une sorte de descente aux enfers pour la narratrice (entraînée par ses proches), une jeune fille se décrivant comme « un accident de baise ». Mailles à l’envers explore la thématique du sordide sous toutes ses facettes : drogue, adultères en pagaille, prostitution, avortement raté puis réussi, mort d’adolescent sans oublier le prof de maths sadique et pervers, pédophile sur les bords… En cela, il n’y a aucune véritable surprise dans ce roman puisque Marlène Tissot a choisi d’exploiter la logique de la surenchère, encore et encore. Par exemple, ce n’est pas une fois, mais deux que la mère et la fille partagent un même amant. Et pour enfoncer le clou, le père couche avec une camarde de sa fille.

Quant au style de Marlène Tissot (que je découvre avec ce roman), il se veut l’imitation de la parlure d’une adolescente. On trouve donc énormément de termes crus (le mot « bite » est tant utilisé qu’à force cela en devient presque agaçant …) qui côtoient certains passages plutôt poétiques et plutôt beaux. J’ai regretté qu’il n’y en ait pas davantage …

Mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman. Il laisse en tout cas une impression de malaise profond qui a du mal à se dissiper (et c’est probablement une réussite pour l’auteur de réussir ainsi à bousculer et déranger son lecteur !).

Un grand merci aux éditions Lunatique et aux Agents littéraires pour ce partenariat !

Marlène Tissot, Mailles à l’envers, éditions Lunatique,  janvier 2012, 154 pages, 16 €

Mailles à l’envers ou « de l’inconvénient d’être née »…

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