Renaître de ses cendres

« Le Phénix, c’est le couple – Adam et Eve – qui est et qui n’est pas le premier. »

Il y a longtemps que je voulais lire le recueil Le Phénix de Paul Eluard. Comme pour beaucoup, c’est pour moi le poète de l’amour, s’il en est un, le poète qui peut rendre son lecteur amoureux de l’amour et avide d’aimer tant ses mots contiennent d’émotions.

L’ensemble des poèmes est placé sous l’aura bienveillante, amoureuse, de Dominique, épouse du poète. Deux des titres des pièces poétiques comportent son nom « Dominique aujourd’hui présente » et « La petite enfance de Dominique ».

L’amour, chez Eluard, est beau, grand et puissant. Même si le malheur et la mort nous guettent, il est la condition sine qua non de notre bonheur et même de notre ouverture au monde.

« Tu es venue, j’étais très triste, j’ai dit oui

C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde »

L’amour c’est ce qui fait taire le doute et les peurs, c’est ce qui rend le poète optimiste et qui rend les souvenirs moins lourds à porter, même si, bien sûr, les blessures restent. « Et mon amour est bien plus grand que mon passé. » Aimer, c’est fuir à deux et construire un monde nouveau, à mi chemin entre le quotidien et un monde magique, merveilleux,  où les rires ont toute leur place.

Chaque poème peut représenter une exploration d’une des facettes de l’amour. C’est la présence de la femme aimée qui fait naître la poésie. Dominique ici apparaît vraiment comme la muse d’Eluard, la source de la création poétique. La femme est souvent comparée à une lumière, à un rêve (et on rejoint là l’un des pouvoirs de la femme, pour les surréalistes). Rencontrer l’autre, c’est avoir la promesse d’un amour fou, d’un rêve éveillé, d’un monde pétri de douceur qui renaîtrait chaque jour tel ce fameux phénix, emblème du recueil. Un critique (L.G. Gros), parle d’ailleurs de poésie de la « résurrection ».

La poésie amoureuse revendiquée par Eluard ne relève pas d’une écriture obscure, hermétique. Au contraire, elle est très simple. L’exemple le plus flagrant est peut-être ce distique :  » Une femme c’est toi / Un amoureux c’est moi ».

Mais alors, qu’en est-il de la peur de la séparation ? L’amour chanté par le poète est si fort que rien ne paraît pouvoir le faire s’évaporer, car le couple semble être plus fort que tout.

« Si je te quitte nous nous souviendrons

Et nous quittant nous nous retrouverons »

Et pour terminer ce billet, autre participation au challenge amoureux d’Irrégulière, catégorie « poésie » bien entendu, je laisse la parole à Eluard :

« La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager. « 

Renaître de ses cendres

5 réflexions sur “Renaître de ses cendres

  1. Jean-Luc dit :

    Voici un billet bel et bon, merci pour le dernier extrait qui me fait du bien moi qui vient de perdre ma meilleure amie…
    Un détail, j’ai trouvé ce billet en cherchant « Dominique aujourd’hui présente » par un moteur de recherche.
    Je viens de découvrir qq chose qui me laisse songeur. J’ai découvert Eluard il y a fort longtemps par le recueil « Derniers Poèmes d’Amour » publié chez Seghers en 1963. C’est l’un des rares livres de poésie de la bibliothèque de mon père. A partir de l’âge de 14/15 ans, j’en connaissais par coeur plus du tiers.
    Et je me redisais souvent « Dominique aujourd’hui présente ». Tant et si bien que je ne le lisais plus J’ai acheté dernièrement « J’ai un visage pour être aimé », ce choix de poèmes reprend encore « Dominique… ».
    Mon amie est partie il y a 15 jours aujourd’hui. Je viens de relire ce poème pour la première fois depuis une trentaine d’années. Et j’ai découvert le dernier vers.
     » Tu m’as couvert de ta confiance.  »
    Or, dans le recueil paru chez Seghers, celui que j’ai appris c’est
     » Tu m’as ouvert de ta confiance. »
    Coquille ?
    Tout ce que je trouve donne  » couvert  »
    sauf dans ce blog proposons des traductions en cadtillan : http://poemasenfrances.blogspot.com/2005/12/paul-eluard-dominique-aujourdhui.html
    dont le texte français reprend
     » Tu m’as couvert de ta confiance.  »
    mais le traduit par
     » Me has abierto con tu confianza. »
    Qu’a écrit Eluard ?
    Moi je préfère ce que je fredonne depuis mes quinze ans.
     » Tu m’as ouvert de ta confiance.  »
    Et ça va si bien à ce que m’a donné mon amie, trop tôt partie.
     » le temps déborde » .
    Merci encore pour le dernier extrait

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