Légende d’une vie

« Puis-je m’arracher ce visage qui est le sien ?… Puis-je me débarrasser de ce nom qui est le sien ?… Puis-je renverser cette maison qui est la sienne ? … Non, je suis sous son emprise, déséspérement… pour les gens que je serai jamais que le fils de Karl Amadeus Franck… (…) tout ce que je fais est une ombre, tout ce que je dis , un écho… »

J’ai lu beaucoup de nouvelles de Stefan Zweig mais je n’avais pas encore eu l’occasion de lire une de ses pièces. C’est désormais chose faite avec ma découverte de Légende d’une vie, une pièce en trois actes,  créée en 1919 à Hambourg.

L’argument de cette pièce est assez simple : comment faire pour vivre, pour se faire son propre nom, pour se forger une identité propre lorsque le fantôme de votre père vous obsède, lorsque vous portez sur vos épaules « la plaque de marbre d’une gloire? »

Friederich est un jeune poète littéralement vampirisé par le souvenir de son père, Karl Amadeus Franck, célèbre écrivain. Sa mère, Léonore a tout fait pour transformer la vie de son défunt mari, pleine de failles et de faiblesses en une légende dorée. Leur maison est un musée presque vivant dans lequel sont données des récéptions en hommage à l’artiste décédé. Mais un jour, lors d’une lecture publique des vers de Friederich apparaît une vieille femme, Maria Folkenhof,  véritable amour de Karl, qui va bouleverser le regard que le fils portait sur son père et ainsi modifier profondément son propre jugement sur lui.

Cette pièce synthétise énormément d’éléments que j’apprécie chez Zweig : une lecture aisée qui se nourrit de questions existentielles.

L’amour, la création, la légende qui entoure les artistes, l’idéalisation sont autant de thèmes que l’on retrouve dans ce texte qui font passer le lecteur  du vaudeville (le retour de la maîtresse du défunt mari) à une réflexion beaucoup plus subtile sur les risques de sombres coupes, de mensonges qui peuvent attendre un artiste célèbre après sa mort.

Préoccupation  réelle de Zweig ou non, il n’en reste pas moins que cette pièce est une magistrale illustration des pouvoirs de l’amour mais aussi des ravages qu’il peut causer dans un milieu que le grand écrivain connaissait bien : celui de l’art.

Stefan ZWEIG, Légende d’une vie, Grasset, 11 euros

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Légende d’une vie

2 réflexions sur “Légende d’une vie

  1. Je ne savais pas que Zweig avait également écrit pour le théâtre ! Quel auteur prolifique !
    Je note ce titre parce que ton billet me donne envie de le lire 😉

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