Dans les rues de Londres…

The Hours est un film que j’ai dû regarder une petite dizaine de fois. Bien qu’il soit très sombre, il est très beau et vraiment bien construit. Il s’agit en fait de l’adaptation (par Stephen Daldry)du roman de Mickael Cunningham, Les Heures, qui est lui-même une réécriture du roman Mrs Dalloway de Virginia Woolf.

L’originalité et la construction magistrale de ce film réside dans l’alternance et l’entrelacement de trois destinées féminines : celle de Virginia Woolf, personnage central, exilée en banlieue à une demi-heure de Londres, qui oscille entre folie et génie, entre crises et séances d’écriture. Elle cède la place à celle de Laura Brown, vingt ans plus tard, qui connaît un véritable bouleversement alors qu’elle lit Mrs Dalloway justement. Enfin, il y a Clarissa, inspirée d’un personnage de Virginia Woolf (Clarissa étant le prénom de Mrs Dalloway), femme d’une cinquantaine d’années vivant à New York, dévouant sa vie à un ami poète atteint du SIDA.

Trois femmes, trois lieux, trois époques ( 1920, 1950 et 2001 pour les trois histoires respectives) qui sont liés par le roman Mrs Dalloway, notamment par la première phrase de l’incipit « Mrs Dalloway dit qu’elle s’occuperait elle-même d’acheter les fleurs ».

L’esthétique est particulièrement travaillée dans ce film, chaque plan est intéressant. Il est difficile d’en sortir indemne : dès le début, le spectateur est confronté au suicide de Virginia Woolf, mettant des pierres dans les poches de sa robe avant de s’enfoncer dans la rivière, afin d’être sûre d’échapper pour toujours à la folie. Ce film soulève la question de l’identité : jusqu’à quel point pouvons-nous supporter ce qui nous empêche d’être nous-mêmes ? Quelles alternatives avons-nous dans ce cas-là ? Pourquoi est-il impossible pour certains de supporter la médiocrité du quotidien ?

Malgré la douleur qu’éprouvait Virginia Woolf, la lettre qu’elle a laissée à son époux le jour de son suicide est une des plus poignantes déclarations d’amour qui soit.

Mon Chéri,

 Je suis  en train  de sombrer dans la folie à nouveau, j’en suis sûre: je sais  que  nous n’arriverons pas à bout de ces horribles crises.  Et cette fois, je ne guérirai pas.  Je recommence à entendre des voix,  et n’arrive pas à concentrer mes pensées. Alors  vais-je  faire ce qui semble la meilleure chose à faire. Tu m’as rendue parfaitement heureuse. Tu as été pour moi ce que personne d’autre n’aurait pu être. Je ne crois pas que deux êtres eussent pu connaître si grand bonheur  jusqu’à ce que commence cette affreuse  maladie. Je ne peux plus lutter davantage. Je sais que je gâche ta vie,  que sans moi tu pourrais travailler. Et je sais que tu le feras. Tu vois, je n’arrive même pas à écrire correctement. Je n’arrive pas à  lire. Ce que je veux te dire c’est que je te dois tout le bonheur de ma vie. Tu t’es montré d’une entière patience avec moi et indiciblement bon. Tout le monde le sait. Si quelqu’un avait pu me sauver, c’eût été toi. Tout m’a quitté excepté la certitude de ta bonté. Je ne veux pas continuer à gâcher plus longtemps  ta vie. Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être  plus heureuses que nous l’avons été. (Traduction de A. Damour in Les Heures)

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