Falaises

« J’ai trente et un ans et rester en vie a longtemps été pour moi une activité à plein temps, un programme, un horizon. Garder un semblant d’équilibre. Ne pas tomber en miettes ni fondre en larmes. Ne pas m’enfoncer, me laisser entraîner par ceux qui sont loin désormais, à qui j’étais lié et dont le poids me leste. J’ai trente et un ans et peu importe. Je sais le poids des morts. »

Je n’avais lu jusqu’à présent que deux romans d’Olivier Adam, qui m’avaient un peu déçue. Dès la première page de Falaises paru en 2005, j’ai su que ce livre ne me laisserait pas indifférente. Autant le savoir tout de suite, mieux vaut ne pas lire ce roman quand on est pris de mélancolie car il est très sombre et ne peut pas laisser le lecteur en sortir indemne. Il peut agacer, certes, car il y a de la part du narrateur, une certaine complaisance à la noirceur, mais qui est toujours empreinte de poésie.

Sous des allures plus ou moins autobiographiques (le narrateur s’appelle Olivier et il est écrivain), le roman met en scène les réminiscences d’un homme d’une trentaine d’années aux prises avec les fantômes qui le hantent depuis le suicide de sa mère. On croise donc la figure maternelle au détour de chaque chapitre ou presque et les autres personnages sont souvent réduits eux aussi à un état plus ou moins fantômatique : les femmes sont absentes, mortes, anorexiques, à bout de souffle… et ce n’est guère plus réjouissant du côté masculin :un père tyrannique, un frère obligé de prendre la mer pour survivre, un ami suicidaire…Les personnages sont bien souvent des êtres en perdition que rien ni personne ne semble pouvoir aider.  Seule la naissance de sa fille est vraiment présentée comme un événement majeur, une renaissance salvatrice pour le narrateur, l’ultime point de repère, la bouée qui l’empêchera de sombrer même s’il affirme que « la vie abîme les vivants et personne, jamais ne recolle les morceaux ni ne les ramasse. »

Sur fond d’alcool et de drogue se dessine un paysage très souvent maritime, parfois urbain. Les falaises sont bel et bien inquiétantes puisqu’elles renvoient à la mort de la mère mais offrent malgré tout au narrateur et à sa campagne un refuge contre les excès de la vie parisienne.

J’ai été particulièrement frappée par l’écriture poétique d’Olivier Adam, pétrie d’une souffrance certaine mais aussi d’une force, celle d’avoir survécu au drame familial. Un roman triste mais beau qui me donne envie de lire d’autres livres de cet auteur…

 

Falaises

4 réflexions sur “Falaises

  1. Celui-ci, je ne l’ai pas lu, mais ce qui est très étonnant c’est qu’il ressemble au Coeur régulier : des falaises également, de la drogue, des suicides… bon, c’est un peu le fond de commerce d’Olivier Adam, il faut croire. Il est vrai cependant qu’il a une écriture tellement belle et poétique qu’on lui pardonne la noirceur de ses textes!😉

  2. Attila dit :

    j’ai lu « des vents contraires » et bien sûr « je vais bien ne t’en fais pas » et j’ai bcp aimé.
    je lirai celui-là à l’occasion

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