Le silence est d’or

« Le bruit nous traque. Il rôde toujours quelque part. Il est tapi au coeur des bois, des monatères, des cimetières, même des hôpitaux,dans les alvéoles les plus secrètes de l’humanité. Danger larvé, surgissement latent, épée de Damoclès (…) Il faut être sourd, distrait ou mort pour ne pas s’apercevoir que l’époque est au vacarme. »

En flânant dans les rayons d’une librairie, j’ai découvert un petit ouvrage de Jean-Michel Delacomptée au titre prometteur. Petit éloge des amoureux du silence est un court essai sur le bruit et ses ravages.

En guise de préambule, l’auteur avertit d’emblée que les lecteurs qui n’ont jamais souffert du bruit ne le comprendront pas… Sous les aboiements incessants du chien des voisins, je suis donc toute disposée à apprécier ma lecture… et c’est chose faite ! Sous une plume parfois poétique, parfois humoristique, toujours littéraire, Jean-Michel Delacomptée fait un sombre constat : 2/3 des français souffrent  du bruit et une personne sur cinq  en pâtit à cause de son voisinage.  Le bruit, ce « monstre aux mille pattes » s’immisce dans nos vies, nous pourrit l’existence, sape notre bonheur et détruit nos désirs.

Tandis que les bruits sont souvent connotés de manière positive, LE bruit, « ce son non désiré, non désirable et subi » offre malheureusement un large éventail, allant du bruit énervant mais tolérable au bruit insupportable qui peut rendre fou et pousser au crime.

Dès 100 décibels, on franchit le pallier du « bruit dangereux »…L’aboiement d’un caniche dépasse déjà les 107 décibels. Ajoutez à cela le bruit de la tondeuse du voisin d’en face, et l’on obtient plus de 120 décibels, seuil de la douleur. Le bruit est une nuisance, une violence qui peut être diurne, mais aussi nocturne et nous gêner pendant notre sommeil. L’ouïe est effet le sens qui ne connaît pas le repos… le silence nous permet de nous régénérer pourtant.

Cet essai (facile à lire tout de même !) comporte aussi de nombreux passages que l’on pourrait qualifier de portraits (l’auteur, maître de conférence, spécialisé en littérature du XVIIème est friand de ce type d’écriture) : on croise rapidement un enfant suçant des bonbons, un « pousseur » de feuilles faisant s’envoler les détritus quelques mètres plus bas (« Qui a inventé cette invraisemblable folie ? ») et le personnage le plus haut en couleurs, le plus fort en bruit, le « siffloteur », un voisin ne pouvant pas s’empêcher d’émettre des sons vous empoisonnant la vie et vous empêchant de travailler.

L’homme ne s’adapte pas au bruit, il peut le subir pendant de nombreuses années mais perdra peu à peu le goût de vivre… Moqueries de la part d’autrui, incompréhension, manque d’attention des autorités, celui qui souffre de violence auditive ne trouve que peu d’oreilles pour l’écouter…  De l’agacement au traumatisme réel, on s’empresse de l’oublier sitôt le calme revenu. Mais lorsqu’on en a vraiment souffert, les cicatrices ont tendance à vite se rouvrir…

Certains trouveront peut être excessive la manière dont l’auteur juge le bruit qui « annule l’humanité » mais, même si je reconnais que la formulation peut paraître hyperbolique, elle trouve un écho en toute personne qui a connu ou connaît ce genre d’intrusion dans sa vie privée…

Une citation, avant de me retirer sur la pointe des pieds : « J’aime les brises qui me frôlent et le parfum des fleurs. Comme le silence, ce sont des caresses. »

Jean-Michel Delacomptée, Petit éloge des amoureux du silence, Folio 2€

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Le silence est d’or

6 réflexions sur “Le silence est d’or

  1. Ronron dit :

    Je l’ai lu. J’ai tenté de le faire lire à mon copain parce que justement, je trouve que l’auteur trouve les mots pour représenter la souffrance que peut être un bruit subit.

    Réflexion du copain sans l’avoir lu « il prend parti ».
    Le copain se considère comme quelqu’un que le bruit ne gène pas. Avant aussi ça ne me dérangeait pas plus que ça, puisque ça finissait par s’arréter. Puis un voisin égoïste est arrivé, laissant sa télé allumée jusqu’à 4h du mat (quand on doit se lever à 6h), j’a fait une dépression nerveuse, eu des envies de meurtres (chaque jour, je réfléchissais à une technique qui pourrait mettre fin à ce bruit (ce qui impliquait donc l’absence du voisin)).
    Depuis, le bruit m’agace. C’est devenu de la torture.

    Bien évidemment, le livre ne sera lu que par des personnes qui sont victimes du bruit… Dommage :/

    1. Tout à fait d’accord : ce livre ne peut intéresser que les personnes qui souffrent du bruit ou qui en ont souffert…Et c’est bien triste. Bon courage pour supporter le voisin et sa télé…

  2. catherine dit :

    je suis en train de le lire…. comme ça fait du bien de savoir qu’on n’est pas seule(e) à souffrir du vacarme. J’ai des obturateurs (contre le métro, les voitures, etc…), les jours de grand raz le bol, il m’est arrivé de ne pas les enlever dans les magasins, tant pis, je faisais croire que j’étais sourde… mais tellement tranquille!!! mais il ne faut pas abuser de ces trucs là, on risque l’hyperacousie, ce serait le comble!!!

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