Poulet aux prunes

« Puisqu’aucun violon ne lui donnerait plus le plaisir de jouer, Nasser Ali décida de mourir. »

Ce n’est pas une recette de cuisine que je vais vous proposer aujourd’hui (bien que ça aurait été intéressant ! ) mais un billet sur le dernier film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.

Je ne pourrai pas vous parler de la réussite ou non de l’adaptation de la bande dessinée parue en 2004 puisque je ne l’ai pas encore lue, ce qui ne saurait tarder car j’ai  apprécié le film !

Tout comme Persepolis, le film se passe en Iran, à Téhéran plus précisément. Un violoniste célèbre, le meilleur de son temps, Nasser Ali, joué brillamment par Mathieu Amalric et son fascinant regard halluciné, décide de mourir. En effet, sa femme vient de briser le violon que lui avait transmis son ancien maître car son mari néglige les tâches domestiques, ses rôles de père et d’époux… Marjane Satrapi reprend là un thème récurrent dans les récits portant sur la création artistique : la rivalité entre l’art et l’épouse de l’artiste, ici interprétée par Maria de Medeiros, qui ne peut pas concurrencer la création quelque soient ses efforts ( c’est notamment le propos de Zola dans L’Oeuvre).

Malheureusement, ce violon brisé est irremplaçable : aucun autre instrument ne peut contenter Nasser Ali, signe que ce n’est peut être pas la cause réelle de son mal être…

Malgré la trame dramatique du film (qui comporte quelques séquences d’animation tout de même), le ton n’est pas résolument sombre, bien au contraire ! De nombreux passages prêtent à sourire voire à rire comme le plan montrant Nasser Ali rêvant d’enfouir son visage entre les seins de Sophia Loren ou lorsque son fils demande d’un air candide à la voisine si elle a de « l’opioum » à lui donner pour qu’il puisse se calmer!

D’ailleurs, le fait que le spectateur sache d’emblée que Nasser Ali va bel et bien mourir huit jours après le début du film tend bien à dédramatiser et à enlever tout suspens à l’histoire comme pour que l’on puisse mieux se concentrer sur l’interprétation des acteurs et la poésie dégagée par les dialogues ou les images. La trame narrative procède par des retours en arrière qui permettent de mieux comprendre la  raison  profonde du suicide de l’artiste. Très souvent, le dialogue cède la place au récit du narrateur (exactement comme dans Amélie Poulain, ce qui m’a un peu gênée…)

Ce long métrage met aussi en évidence la quête de l’artiste, qui veut se saisir du beau, qui part à la recherche du souffle qui lui permettra de recréer la vie… Mais comme la plupart des oeuvres, celle de Nasser Ali naîtra au prix de la souffrance, de la perte de la femme aimée. Rien de nouveau donc, mais les dimensions poétique (surtout à la fin du film) et humoristique apportent un nouvel éclairage sur cette thématique.

« La vie est un soupir. C’est ce soupir dont tu dois t’emparer. »

Billet rattaché au Challenge Des mots et des notes, proposé par Anne.

Poulet aux prunes, un film de Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud, actuellement au cinéma.

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Poulet aux prunes

5 réflexions sur “Poulet aux prunes

  1. J’ai adoré Persépolis ! Voilà une idée à suivre, il vient de sortir, ce film ? (je ne suis pas du tout au courant de l’actualité cinéma !!)

  2. J’avais été très émue à la lecture de la BD il y a quelques années… hâte de voir l’adaptation ! J’ai confiance en ce duo assez génial !

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