De bon matin

De bon matin est un titre qui peut laisser présager un événement positif. Généralement cette expression est associée à une décision particulière, à une action que l’on va effectuer suite à un sursaut que ce soit l’enthousiasme, la volonté ou la nécessité qui nous guide.

Ce film actuellement au cinéma, réalisé par Jean-Marc Moutout, évoque de façon assez juste les dérives du harcèlement moral au travail.

Paul Wertret, âgé d’une cinquantaine d’année, est un chargé d’affaires renommé, dont la réputation n’est plus à faire, travaillant pour La Banque Internationale de Commerce et de Financement.

Tout commence par une séquence montrant le personnage se préparant, embrassant son épouse endormie avant de se rendre à son travail puis de tuer froidement deux de ses supérieurs. Il s’assied ensuite à sa place, attendant l’arrivée des forces de l’ordre. Le film est constitué de retours en arrière permettant de comprendre ce qui l’a poussé à en arriver là : événements personnels (notamment la crise traversée par son couple, l’incompréhension de son fils…) mais surtout vexations permanentes voire humiliations au travail. Le rythme du film est assez lent et forme un fort contraste avec la violence du début et de la fin de long métrage. Les silences sont souvent lourds de sens et de souffrance.

Le cadre de banque, incarné par Jean-Pierre Darroussin, a toujours consacré la majeure partie de sa vie à son travail. Soudain, ses supérieurs se retournent contre lui. Commence alors une descente aux enfers ponctuée de différentes étapes.

Le film dénonce une certaine infantilisation voire une humiliation quasi permanente qu’exercent les supérieurs sur leurs employés : la question du tutoiement est ainsi mise en lumière : comment accepter que quelqu’un que l’on n’apprécie pas nous tutoie pour vouloir à tout prix asseoir sa domination sur nous ? Comment accepter également que le renvoi d’un collègue soit mis sur le dos d’un autre employé quand ce sont les consignes des RH qui l’exigent ? Paul est tout au long du film un personnage en perdition, qui s’éloigne chaque jour un peu plus de sa famille et qui voit ses responsabilités diminuer au point de le priver de la jouissance d’un bureau personnel et de lui donner un petit bout de table dans l’open space …

Les dernières images du film sont assez dures et renvoient le spectateur à sa propre responsabilité lorsqu’il est témoin voire complice de tels agissements dans le monde du travail, un monde égoïste où chacun ne pense bien souvent qu’à son intérêt personnel…

Ce billet est aussi le moyen d’évoquer un fait d’actualité qui ma particulièrement touchée cette semaine.

Mes pensées vont aujourd’hui à une lointaine collègue, professeur de mathématiques, qui s’est immolée cette semaine, au milieu de la cour du lycée Jean-Moulin, dans l’Hérault. J’ai entendu bien trop de mépris à son sujet et tout est fait pour ne pas évoquer le vrai problème : les conditions de travail de certains enseignants en milieu difficile, le plus souvent.

De bon matin

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