Une photo, quelques mots 3

Voici la photo de Kot que Leiloona proposait cette semaine pour être la source d’un nouveau récit.

(c) Kot

Elle était sortie ce soir là parce qu’elle n’en pouvait plus de rester enfermée. Elle avait emprunté le petit sentier, s’était tordue les chevilles sur les cailloux, et avait rejoint la route qui menait au centre ville. Au loin, on entendait une musique lancinante, un peu comme celle que l’on peut entendre dans les fêtes foraines. Intriguée, elle avait voulu aller voir d’un peu plus près, la balade en bord de mer pouvait bien attendre un peu malgré tout. Plus elle s’approchait du bourg, plus elle se sentait transportée par la musique. Elle marchait aussi vite que ses pieds le lui permettaient. Quand elle arriva devant la mairie, elle vit qu’à défaut de fête foraine, c’était simplement un petit manège pour enfants qui se trouvait là. Des parents attendaient leur petit, l’air heureux d’être là et de pouvoir lever la main à leur passage. Les rires fusaient. Elle, elle avait envie de pleurer. Elle sentait une sorte de lame lui transpercer la poitrine, encore et encore, au rythme des rires et de la musique. Et, pourtant, elle se forçait à sourire. Son regard suivait une petite fille, perchée sur une girafe, qui faisait de grands signes à ses parents quelques mètres plus loin. Lily aussi aimait les girafes. Le doudou qu’elle avait perdu il y a quatre ans, qu’ils avaient cherché des heures durant, était justement une girafe en plastique, qu’elle lui avait achetée pour soulager sa douleur, quand ses dents avaient commencé à pousser.

Le manège s’arrêta brusquement. Elle resta immobile, regardant les enfants courant rejoindre leur famille, le sourire aux lèvres, ou se dépêchant de descendre pour monter sur l’animal convoité, pour le tour suivant.

La petite avait choisi une licorne cette fois là. Elle ne savait pas si Lily avait entendu parler des licornes. Sinon elle lui raconterait des légendes. Elle essuya d’un geste brusque une larme qui menaçait de dévaler sur sa joue.

Ca faisait trois ans qu’elle n’avait pas pu la voir sa fille autrement qu’autour d’une petite table, une fois tous les deux mois, trente minutes durant,  sous la surveillance d’une gardienne de prison. Elle avait été libérée une semaine auparavant et était venue se reposer dans la maison héritée à la mort de ses grands-parents. Encore deux semaines à attendre et Lily arriverait pour le week-end. C’était décidé : elle pourrait faire autant de tours de manège qu’elle voudrait.

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Une photo, quelques mots 3

9 réflexions sur “Une photo, quelques mots 3

  1. Moi aussi je pensais à la mort, comme quoi l’ambiance d’un texte mène parfois sur de fausses pistes. 😉 Merci pour ce joli texte sur la maternité ! 😉

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