Le chat du rabbin

Voir la bande – annonce du film d’animation Le Chat du Rabbin, m’avait donné très envie de lire les bandes dessinées qui sont à l’origine de cette adaptation sortie récemment au cinéma. J’ai lu l’intégrale (cinq albums) avec beaucoup de plaisir…faire un résumé plus ou moins succinct de mes impressions  est un peu difficile car c’est une lecture vraiment très riche.

Le premier album s’ouvre par un meurtre, histoire de créer un suspens haletant… Que nenni, c’était pour la bonne cause ! Le chat d’un rabbin, vivant à Alger, a tué un perroquet parce que celui-ci était bien trop bruyant ! Et c’est ainsi que ce chat gris filiforme se retrouve avec le don de la parole et annonce à son maître qu’il a bien l’intention de faire sa bar – mitsva (une cérémonie de confirmation religieuse) afin de pouvoir continuer à se lover contre sa maîtresse, la belle Zlabya.

Sous des apparences comiques, une avalanche de bons mots, l’auteur, Joann Sfar esquisse un tableau très coloré de la religion hébraïque et des thèmes ou questions qui se posent aux croyants comme la création du monde , la querelle de la science et de la religion dans le premier album, La Bar-Mitsva. C’est l’occasion d’échanges savoureux entre le chat et son maître. Bien que l’un des principaux intérêts d’une BD soient ses illustrations, je ne résiste pas à vous retranscrire l’un d’entre eux :

« Nous commençons donc par le début et mon maître m’enseigne que le monde fut créé par Dieu en sept jours, il y a 5700 ans et des poussières. Je lui demande s’il se fiche de moi. Il me dit que non, que c’est la vérité. Je lui dis que c’est ridicule et qu’avec du carbone 14 on peut prouver scientifiquement que le monde existe depuis des milliards d’années. Il me dit que le carbone 14 peut se tromper. Que c’est peut être le déluge du temps de Noé qui a usé le sol de la planète et qui lui donne l’air plus vieille. Je lui réponds que même un chaton ne croirait pas ces imbécillités. »

Dans le 2ème volume, Le Malka des lions, les thèmes développés, toujours avec beaucoup d’humour (car le chat a beaucoup de répartie et d’à propos ! ) sont ceux de la famille et des coutumes juives lors des événements qui jalonnent la vie d’un homme, car Zlabya s’est trouvé un mari en la personne d’un rabbin français. Commence alors le troisième tome, portant le nom biblique d’ « Exode » : à défaut de partir en direction de la Terre promise, les personnages prennent un bateau pour Paris, afin de rencontrer la famille de l’époux de Zlabya.

Les deux derniers tomes, Le Paradis terrestre et Jérusalem d’Afrique abordent des thèmes beaucoup plus sombres que les albums précédents. L’humour est moins incisif. Les intrigues politiques et la conception plus ou moins intégriste de la religion y sont dénoncées. Sfar annonce au début du dernier tome qu’il lui a paru nécessaire compte tenu du monde actuel de « faire un album contre le racisme« . Plus engagé que drôle, les persécutions contre les juifs ashkénazes (juif venant de Russie dans la BD) et les lectures littérales voire abusives des textes sacrés y sont dénoncées. Entre temps, le chat a perdu la parole, signe peut être d’une incompréhension générale. On assiste aussi à l’éclatement du couple : tandis que son mari lit des livres religieux, Zlabya se délecte d’On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset !

Cette BD est en tout cas une belle découverte, une lecture très agréable, vraiment drôle et enrichissante, que je vous conseille, ne serait-ce que pour en apprendre davantage sur les us et coutumes de cette religion.

Pour finir, une petite citation qu’on peut « interpréter » comme une réflexion sur l’importance du vocabulaire dans les apprentissages de tout enfant, teintée d’humour et d’angoisse malgré tout (et nous ne sommes pas bien loin des Fables de La Fontaine et de leur réflexion sur le pouvoir de la parole….) extraite du 1er album :

« Avant quand je n’avais pas la parole, je ne faisais que des rêves simples. Dans mes rêves, je poursuivais de petites bêtes (…) C’étaient des rêves de petit chat. Depuis que j’ai la parole, tout a changé, je cauchemarde. Je rêve que ma maîtresse est malade. Qu’on ne peut pas la soigner (…) Et je passe des années de rêve à dire à tout le monde qu’elle est partie en voyage mais qu’elle pense à moi. »

Le chat du rabbin

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